Bon, désormais, je ne parle plus de moi au piano, comme je l'ai déjà fait au sujet de Bach, Brahms, et Liszt, mais bel et bien de Maurice Duruflé, qui est hélas bien trop peu connu au XXIème siècle. Ce très fameux organiste du siècle dernier (1902-1986) composa du reste fort peu d'œuvres, une petite quinzaine, dont l'une des plus marquantes restera toujours cette Suite Op. 5, écrite à l'âge de trente ans, et qui se divise en trois parties : Prélude, Sicilienne et Toccata.
Commençons tout d'abord avec le fameux Prélude, au début fort bien commenté par Daniel Roth, titulaire de l'orgue grandiose de Saint Sulpice, édifié à Paris par Clicquot et Cavaillé-Coll au XVIIIème et XIXème siècle. Je vous laisse découvrir cette pièce magistrale, très bien filmée par Pierre-François Dub-Attenti :
Il est certain que cette œuvre, basé sur un étonnant dialogue en mi bémol mineur, ne frôle que rarement le bonheur et la paix intérieure... Ce que je crois pourtant que l'on peut découvrir vers la fin du morceau, avant que celui-ci ne rebascule vers le pessimisme initial - que vous pourrez bien sûr mieux découvrir par vous-même en suivant la partition :
Passons ensuite à la seconde partie, bien plus calme et apaisante, la Sicilienne. Ce type de pièce, relativement peu utilisé, se trouve pratiquement toujours de forme iambique, en 6/8 et de forme ABA, ce que Maurice Duruflé utilise sans le moindre problème, ayant recours comme autrefois "à une tonalité mineur, et une douce mélodie lyrique un peu triste". Si je ne me trompe pas, elle est interprétée cette fois par Jean Langlais :
Comme auparavant, si vous savez lire la musique, vous préférerez bien évidemment cette version :
Et maintenant, j'en passe enfin à la pièce la plus fantastique de cette suite, la fameuse Toccata - qui est une forme très rarement utilisée hors du XVIIIème siècle, où Johann Sebastian Bach lui a donné toute sa grandeur dans la célèbre Toccata et Fugue en Ré mineur. Comme chacun le sait, le terme de Toccata vient de l'italien "toccare" ("toucher"), et ceci démontre tout à la fois la puissance d'écriture et l'art de jouer de ses doigts, qui est partagé par le compositeur et l'interprète, formant souvent un unique personnage.
Meilleure preuve par Christophe Mantoux à l'orgue de Saint-Joseph à Montréal, où l'on voit tout à la fois ses mains et ses pieds travailler sans relâche la complexité de cette œuvre, tout à la fois très angoissante par ses basses, mais qui connait vers la fin sa libération de plus en plus intense :
Là, bien sûr, la partition est de nouveau bienvenue, étant donné la complexité et la puissance de cette Toccata :
Je présume que vous avez trouvé tout cela très bien, non ? Je vous conseille en ce cas d'écouter les trois pièces dans leur suite logique, Prélude, Sicilienne et Toccata (25'). C'est peut-être un tout petit peu moins bien filmé que le tout premier extrait, mais ceci est néanmoins très bien joué par Vincent Dubois dans la cathédrale de Reims, sur le cinquième plus grand orgue de France :
Remarquable, n'est-ce pas ? Quoique... Si vous souhaitez trouver mieux, il n'y a plus qu'une unique chose à faire : écouter Maurice Duruflé lui-même jouer cette œuvre, certes dans une version plus photographique que vraiment filmée, mais très rare en soi et digne d'admiration :
Que pourrais-je vous dire d'autre ? Et bien, tout d'abord, ce compositeur a été marié en 1953 jusqu'à la fin de sa vie avec Marie-Madeleine Chevalier, une autre organiste très prestigieuse. Ensuite, il est vrai qu'il a écrit fort peu d'œuvres, mais la plupart d'une grande qualité et d'un mysticisme évident, telles que Prélude, Adagio et Choral varié Op. 4, Prélude et Fugue sur le nom d'Alain Op. 7 - toutes deux pour orgue -, ou son célèbre Requiem Op. 9, composé pour soli, chœurs et orchestre à l'âge de 47 ans.
Pourquoi aimè-je autant cet auteur mystérieux ? Je ne sais pas bien, en fait... Peut-être parce que l'on a des points communs, comme de se marier avec une élève brillante qui pratique la même discipline que nous, ou alors, de se trouver à partir d'un certain âge incapable de jouer de son instrument fétiche, suite à un accident ? Peu importe, finalement... L'essentiel reste que vous aimiez également ce style de musique, et aussi - accessoirement - que vous aurez envie de laisser un commentaire à ce sujet !
Bon, je vais parler de quelque chose d'un peu différent, aujourd'hui... Comme chacun le sait sans doute, je suis pour Orgue un fan total de Johann Sebastian Bach (1685-1750), qui reste à mes yeux le plus grand auteur du monde… Mais cela laisse néanmoins un tout petit peu de place à Johannes Brahms (1833-1897), à Maurice Duruflé (1902-1986), à Louis Marchand (1669-1732), et surtout à César Franck (1822-1890), qui a dédié une grande partie de son œuvre à cet instrument, particulièrement ces Trois Chorals, qui datent de la toute dernière année de sa vie ! En juillet 1890, il est en effet victime d'un accident de fiacre, pas tout de suite mortel, mais qui lui fait subir une pleurésie assez inquiétante, d'où il décède au mois de novembre, boulevard Saint-Michel, à Paris… Personne ne sait si il a pu se rendre à l'église Sainte-Clotilde, pour laquelle il devait lui-même donner l'audition de ses Trois Chorals, ou bien si cela s'est avéré impossible ! En tous cas, ces Chorals apparaissent de très loin comme l'une des œuvres les plus importantes de sa vie… Tout d'abord avec le tout premier, au début comme à la fin en mi majeur, et nous pouvons bien reconnaître qu'il s'agit là du Choral le plus "optimiste" des trois, et peut-être est-ce pour cette raison qu'il se trouve en tête du trio ! Nous pouvons l'écouter là interprété par Johann Vexo sur le Casavant Organ, situé à The Brick Presbyterian Church, à New York :
A moins que vous ne préfériez l'écouter en le suivant sur sa partition, ce que vous devrez à Jonathan Holmes, sur le Viscount Sonus Organ :
Ensuite vient le second Choral, qui non seulement se révèle en si mineur une grande partie du temps, ne laissant le si majeur intervenir que dans les seize dernières mesures, mais en outre se présente très largement comme un thème et variations durant une large durée du morceau… Nous devons ceci à Petra Veenswick, qui joue à Maria Van Jessekerk, à Delft, très bien filmée par le réalisateur :
Toujours pour ceux qui préfère suivre sur la partition, nous vous donnons une nouvelle fois l'interprétation de Jonathan Holmes, de nouveau sur le Viscount Sonus Organ :
S'achève enfin le recueil avec le troisième Choral, sans doute le plus pessimiste de tous (je vous laisse en donner l'interprétation que vous en souhaiterez le plus), principalement situé dans la tonalité de la mineur, exception faite d'une partie du morceau qui se trouve en la majeur, jusqu'à ce qu'il reparte de nouveau sur la mineur, ceci jusqu'à la dernière mesure de la fin - qui, elle, va se trouver en majeur ! Je vous laisse à découvrir la superbe version de Vincent Dubois, qui est brillamment enregistrée sur l'Orgue de la cathédrale de Soissons :
Là encore, si vous préférez les partitions, vous pouvez découvrir Michal Szostak, à la Basilica of our Lady of Lichen, en Pologne :
Voilà, tout est dit, au sujet de l'ultime œuvre de César Franck… Juste une petite chose que je tenais à préciser : j'en possède le CD interprété par André Marchal, un organiste aveugle, né en février 1894, et qui a fait ce disque en utilisant l'Orgue le plus grand de la capitale, celui de Saint-Eustache, dont il était d'ailleurs titulaire - soit dit en passant !
Certes, je m'y prends un peu tard, mais c'est très important - histoire de souhaiter enfin un bon anniversaire à Chah, qui est l'une de mes plus fidèles lectrices. Bon, mon interprétation au piano est sans doute un peu ancienne (2009), mais il n'empêche : il s'agit de l'œuvre la plus puissante de Johann Sebastian Bach (1685-1750), l'Art de la Fugue, bâtie dans les dernières années de sa vie (quasiment aveugle), et qui comporte quatorze fugues :
Si vous voulez en savoir plus sur cette série de pièces absolument fascinante, rendez-vous comme d'habitude surWikipédia... En tous cas, si vous souhaitez en écouter l'intégrale (qui dure environ 1h20), vous en trouverez toute la partition ici, interprétée au piano par Joanna McGregor, une londonienne bien connue :
Puisqu'à l'époque, cet instrument n'existe pas encore, il est évident qu'une version pour clavecin est bien plus logique - par Bob Van Asperen, natif d'Amsterdam :
Ou encore, dernière possibilité, son jeu au grand orgue - malheureusement, impossible de trouver le nom de l'interprète :
Enfin bon, vous avez maintenant toutes les possibilités... Il me reste juste à vous recommander les deux autres vidéos de Zoun où l'on me voit encore jouer du piano (et oui !), qu'il s'agisse de Brahms ou de Liszt, ou encore à tout ce que vous avez envie de savoir au sujet de Johann Sebastian Bach.
Et surtout, la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui : bon anniversaire, Chah, et continue à avancer dans la vie comme tu l'as toujours fait, tout à la fois très noblement, et avec grand plaisir !
Et oui, c'est pour une occasion bien spéciale que je vous propose ce petit morceau : la naissance de Aldo, ce 28 novembre 2020, le second fils de la fameuse Chah... En plus, c'est un sagittaire ascendant capricorne, dès lors, on ne peut que lui souhaiter le meilleur, cela va de soi !
Pour accompagner tout ceci, je vous propose donc une pette pièce de Brahms, "Herzlich tut mich erfreuen", soit, en français, "Sincèrement, cela me réjouit" :
Bon, initialement, il ne s'agit pas du tout d'une pièce pour piano, mais bel et bien pour orgue - comme Brahms en a écrit très peu dans sa vie. C'est la raison pour laquelle je vous ai choisi Ashley Wagner, sur l'orgue de la cathédrale de Birmingham, très bonne interprétation :
Malheureusement filmée d'une façon assez rigide... Pour changer, allons-nous en avec Renato Negri dans l'église de San Francisco da Paola, qui joue sur un orgue certes plus petit, mais avec de fort belles chaussures (très rare chez un organiste), et avec des plans surprenants sur la nature et sur cette belle jeune fille :
Enfin, histoire d'être complet, je vous laisse regarder toute la partition (très précisément, le N°4 se trouve à 10:20 de cet ensemble de 11 chorals, publié en entier) :
Adoncques, meilleurs vœux à Aldo, et évidemment, à Chah... Je sais, je ne joue plus de piano de nos jours, et cette pièce a été enregistrée en 2009 dans ma propre maison, brillamment filmée par Zoun. Mais peu importe, finalement... L'essentiel, c'est de se trouver au bon endroit au bon moment, et je crois que je ne me suis pas trop mal débrouillé, finalement !
Et oui, c'est la plus grande œuvre du monde, toute époque, nationalité, pays, étant confondus…
Il s'agit, bien sûr, de l'Art de la Fugue (1740-1750) de Johann Sebastian Bach, sa dernière série de 14 fugues et 4 canons, tous conçus pour un simple instrument à clavier…
Apparemment, à l'époque, il s'agissait encore du clavecin… Mais depuis, cette œuvre est bien plus souvent jouée au piano, notamment dans la version très connue de Glenn Gould, l'un des grands maîtres de cette période (attention, ceci dure nettement plus que trente minutes) :
Si, comme moi, vous préférez par contre suivre la partition, je vous conseille l'intégrale suivante - qui dure presque une heure et demie :
Je vous offre quand même deux versions originales pour clavecin, l'une interprétée par le très bon Tom Koopman :
Mais où hélas l'on ne voir rien, contrairement à cette version-ci (que j'aime personnellement beaucoup moins) :
Toujours au clavecin, la fameuse et ultime fugue N°14, au nom de BACH, qui contrairement aux deux intégrales citées ci-dessus, ne dure que huit minutes :
Enfin, cette fois, sous deux versions intégrales, à l'orgue :
Et juste histoire de finir, cette brève écoute de Jean Guillou jouant sur son fabuleux orgue de Saint Eustache l'Offrande Musicale, une œuvre également inoubliable de Johann Sebastian Bach datée de la même époque (1747) :
Toutes les pièces dont il est question, qu'il s'agisse de celle du titre, de l'Offrande Musicale, ou encore des Variations Goldberg, sont naturellement due à Johann Sebastian Bach au cours de ses dix dernières années (1740-1750)… Qui ne sont peut-être pas les meilleures du monde pour lui (vu qu'il commençait à perdre la vue), mais le sont sans conteste pour nous, qui près de trois cent ans après sa mort, nous régalent toujours de contrepoints, de fugues et de parfums sans équivalent !
Evidemment, il s'agit, avec le piano, de mon instrument favori : les grandes orgues ! Il faut bien dire qu'à l'âge de cinq ans (soit en 1964), j'étais pendu à l'électrophone pour écouter, sans cesse et sans relâche, la Toccata en ré mineur de Johann Sebastian Bach… Porté par cela, je me suis passionné pour cet instrument, mais compte tenu des difficultés de l'époque à l'étudier, mes parents m'ont du coup "détourné" vers le piano, et je leur en rend mille fois grâce ! Ceci dit, il a fallu beaucoup de temps pour que quelqu'un se hisse à la place de Johann Sebastian Bach, et ce n'est arrivé que vers l'an 2000, où j'ai découvert les pièces pour orgue de Johannes Brahms, César Franck, Maurice Duruflé, et bien sûr Louis Marchand (1669-1732)... C'est donc en l'honneur de ce grand maître français, du signe du verseau tout comme moi, que je vous fait découvrir, sans plus tarder, ce qui fût probablement la plus grande pièce de sa vie, le "Grand Dialogue en ut", interprété par Pierre Bardon sur les fabuleuses orgues de Jean Isnard, à Saint Maximin de Provence :
Je laisse toutefois, comme telle est mon habitude, à tout le monde le soin de le suivre sur partition… Il a beau s'agir d'un organiste peu connu (Leonardo Carrieri), et d'un orgue totalement mystérieux, probablement italien, c'est tout aussi remarquable :
Quels seraient les points forts de cet extraordinaire "Grand Dialogue" ? Evidemment, il y en a plusieurs… Le premier, tout d'abord, repose dans ce grand accord d'ut majeur, attaqué tout d'abord dans le do sur le tuyau le plus grave du pédalier, en 16' ou 32' (5,20m ou 10,40m), ce qui fait un "effet" terrible ! Le second, sur l'incroyable variété de ce morceau, qui change assez souvent de rythme, de tempo, de distribution, bref… Enfin, le troisième, le plus important, reste la grande fugue en ut majeur, qui attaque très précisément à 5'30" dans la première version citée (à 6' dans le seconde), et se révèle implacable - et donc royale - dans tout le morceau ! Il se trouve que Louis Marchand s'entendait fort bien avec louis XIV, qui lui offrit son poste d'organiste au Château de Versailles, de 1708 à 1713, où à la suite d'un divorce avec sa femme qui se passait très mal, il eut l'audace de plaquer en plein milieu la célébration de la messe, ce qui lui valu immédiatement d'être banni de la cour, et de s'exiler quelque temps en Allemagne, où il devait rencontrer Johann Sebastian Bach... Inutile, donc, de vous présenter Michel Chapuis, qui joue cette fois-ci lui aussi aux grandes orgues de la Chapelle Royale du Château de Versailles, magnifiquement filmée à cette occasion :
Certes, il y a bien d'autres thèmes à retenir autour de ce personnage… On peut parler, sans doute, de son divorce particulièrement épineux, de l'exil qui s'en est aussitôt ensuivi, mais le plus important reste dans les élèves de la fin de sa vie, Pierre Du Mage, Jean-Adam Guilain, et surtout Louis-Claude Daquin, ce que vous pourrez apprendre dans ce livre de 350 pages :
Oui, je sais, c'est très égoïste de ma part, de me mettre ainsi en avant… Mais je l'ai fait en 2006, durant toute une promenade autour des dolomites italiennes, et je crois que c'est le seul à parler de la vie du maître de cette façon, à recenser à la fin ce qui atteste avec certitude les faits mentionnés, et disons-le, à mettre enfin en avant le grand Louis Marchand !
Le premier morceau que j'ai écouté, en boucle, malheureusement pas par le très bon Ton Koopman, mais quand même de façon honorable ici… Et je n'avais que cinq ans à cette période, soit en 1964 !
Depuis, on a évidemment beaucoup vieilli… Mais ça me fait toujours le même effet, ce morceau de Johann Sebastian Bach (1685-1750) !